PETROPLUS Rouen : Histoire d’une chute

La saga de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, près de Rouen, semble incarner l’histoire de la transformation du pétrole en France et en Europe.

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Originellement détenu par le néerlandais Shell depuis 1929, cette usine de production est devenue la propriété du suisse Petroplus en 2008. Cette holding connait quelques soucis financiers, avec notamment le gel par les banques d’une ligne de crédit d’un milliard de dollars,. En conséquence Petroplus prend la décision au début de l’année 2012 de vendre la raffinerie de Petit-Couronne, après avoir arrêté la production.

Retour sur les causes économiques de ce fiasco et sur le combat des salariés, des syndicats et de la direction du site de Rouen.

Un contexte pétrolier en profonde mutation.

Lors des trois dernières décennies, le monde pétrolier en Europe, et notamment en France, a du faire face à de profondes mutations. Jusqu’à la fin des années 70, le principal carburant utilisé par les automobilistes était l’essence, qui fut progressivement remplacé par le gasoil. Aujourd’hui, la consommation de gasoil est d’ailleurs devenue trois fois plus importante que celle de l’essence.Lors des trois dernières décennies, le monde pétrolier en Europe, et notamment en France, a du faire face à de profondes mutations. Jusqu’à la fin des années 70, le principal carburant utilisé par les automobilistes était l’essence, qui fut progressivement remplacé par le gasoil.

Aujourd’hui, la consommation de gasoil est devenue trois fois plus importante que celle de l’essence, impliquant une adaptation des raffineries européennes avec des investissements massifs pour produire du gasoil.

De façon plus générale, la consommation de carburant est également en baisse depuis 2007, mouvement qui devrait se poursuivre, l’heure étant aux voitures propres, aux nouveaux carburants, et à un autre mode d’utilisation des véhicules (transports en commun, covoiturage…).

La faillite du groupe Petroplus et l’arrêt du site de Petit-Couronne.

C’est dans ce contexte très difficile que début 2012 le groupe Petroplus se déclare en faillite, laissant dans l’incertitude la plus totale ses cinq raffineries européennes, et ce malgré avoir affiché jusqu’en 2008 des grands projets ambitieux et des prévisions d’investissement importantes. La raffinerie de Petit-Couronne entre alors dans le chaos.

Au premier semestre 2012, après avoir été mise en cessation de paiement, la raffinerie arrête ses unités de production, et elle dépose son bilan devant le tribunal de commerce de Rouen. Elle est placée en redressement judiciaire pour six mois. En février, avec l’appui du gouvernement Fillon, des négociations avec l’ancien actionnaire Shell aboutissent à un contrat de processing, une première dans l’histoire mondiale du pétrole. Cela permet à la raffinerie de redémarrer, en juin, après quelques travaux nécessaires.

Au second semestre 2012, le tribunal de commerce de Rouen étudie plusieurs offres, toutes jugées incomplètes, notamment NetOil (Dubaï), Alafandi Petroleum Group (Hong Kong), et celles d’autres investisseurs, libyens, iraniens et irakiens. En décembre, faute de prolongation du contrat avec Shell, la direction décide d’arrêt de la raffinerie. Début 2013, malgré le pessimisme ambiant, le gouvernement, par l’intermédiaire d’Arnaud Montebourg, annonce qu’il serait prêt, en cas de repreneur crédible, à prendre une part minoritaire dans le capital. Le délai pour les offres de reprise est une nouvelle fois repoussé, la prochaine échéance étant fixée au 16 avril 2013.

Petroplus, un combat médiatique acharné

Dès l’arrêt de la raffinerie, les administrateurs judiciaires, la direction, les syndicats et les salariés de l’usine de Petit-Couronne n’ont eu qu’une seule idée en tête : faire redémarrer l’activité pour trouver un acquéreur crédible. L’accord de processing conclu avec Shell est d’ailleurs considéré comme une victoire, une raffinerie étant plus facile à vendre quand elle tourne.

La volonté est également de porter le combat à Bruxelles, afin d’obtenir que la Commission Européenne regarde de plus près le dossier et engage un chantier de sauvetage du raffinage au sein de l’Union Européenne. L’objectif est également de pousser la Commission européenne à s’exprimer et à délivrer un message politique clair, afin de rassurer les repreneurs potentiels en quête de garanties sur l’avenir de cette activité en Europe.

Sur le sol français, un combat législatif a également été engagé, notamment par une proposition de loi dont l’objectif est d’instaurer un visa environnemental et social pour les importations de pays tiers afin d’assurer une égalité de traitement des produits.

Sur le terrain, l’ensemble des salariés et des syndicats ne se démobilisent pas et continuent à secouer les médias et l’opinion publique, sur ce chantier économique et symbolique. L’enjeu de ce combat touche l’ensemble de l’activité raffinerie en France, et également en Europe.